L’analyse des biomarqueurs cutanés révolutionne l’évaluation dans le domaine de la Beauté

Par Anne Charpentier

En 2025, l’industrie de la beauté se trouve au seuil d’une transformation profonde, portée par la numérisation, l’hyper-connectivité et une demande sans précédent pour des soins de la peau fondés sur des preuves scientifiques et ultra-personnalisés. Les consommateurs d’aujourd’hui, au-delà de leurs engagements pour l’inclusion et l’environnement, sont désormais experts: ils recherchent des solutions formulées selon leur profil biologique unique, leur mode de vie et leur exposome.

S’appuyant sur les premières initiatives de personnalisation des années 2000 et sur l’adaptation sur mesure des teintes des années 2010, le secteur exploite désormais l’IA, l’analyse de données avancée et les technologies de détection miniaturisées pour offrir une précision inédite en dermocosmétique.

L’intégration des biomarqueurs : vers une compréhension des mécanismes

Au cœur de cette évolution réside l’intégration des biomarqueurs cutanés des indicateurs moléculaires, protéomiques, lipidiques et biophysiques qui offrent une compréhension mécaniste des fonctions clés de la peau :

  • Dynamique de l’hydratation et fonction barrière
  • Voies de l’inflammation et stress oxydatif
  • Homéostasie et composition du microbiote

Historiquement évalués sur des lignées cellulaires isolées (kératinocytes, fibroblastes) ou sur des modèles de peau reconstruite (RHE), ces marqueurs sont désormais mesurables via des méthodes d’échantillonnage non invasives de pointe, telles que l’écouvillonnage de précision (swabbing) ou le prélèvement par ruban adhésif (tape-stripping). Couplées aux analyses omiques à haut débit, ces approches permettent de transposer la rigueur analytique du laboratoire à des applications concrètes et accessibles directement par le consommateur.

Redéfinir le diagnostic : de l’observation à la prédiction

Cet article explore le paysage actuel et le potentiel futur des diagnostics fondés sur les biomarqueurs en dermocosmétique. En examinant les innovations technologiques, analytiques et méthodologiques, nous soulignons comment les outils connectés, portables et à haute résolution s’apprêtent à redéfinir la beauté personnalisée. L’évaluation cutanée quitte ainsi le champ de l’observation descriptive pour devenir une science prédictive.

Quand on parle de biomarqueurs de la peau on pense aux essais réalisés classiquement depuis des décennies par les industriels du domaine de la cosmétique et plus particulièrement par les fabricants d’actifs (oui un actif plus souvent lipophile est plus facilement testé sur des cellules dans une boîte de pétri) sur des cellules de l’épiderme ou du derme ou sur des modèles de peaux reconstruits d’épiderme ou de derme + épiderme auxquels on peut désormais associer différents autres annexes telles que des structures capillaires ou neuronales (C’était d’ailleurs un sujet qui est revenu souvent dans les discussions autour des posters au congrès de l’IFSCC 2025).

Dans ces essais qui mettent en œuvre les biomarqueurs, il y 3 paramètres principaux à prendre en compte :

  • le biomarqueur, indicateur mesurable d’un processus biologique cutané, est le plus souvent une molécule, une protéine, une enzyme. Il peut être aussi un paramètre biophysique dans le cas des mesures réalisées directement à la surface de la peau (impédance, élasticité, couleur…). Demain sera-t-il possible de mesurer des composés organiques volatils (VOC) ?
  • le support d’analyse a évolué très rapidement ces dernières années avec la possibilité de swabbing, de stripping dont la nature n’interfère pas avec l’analyse en elle-même. Ce sont ces prélèvements in situ, non invasifs et indolores qui permettent d’obtenir des résultats ultra-personnalisés et adaptés à des recommandations de produits. Des prélèvements microfluidiques des liquides interstitiels verront ils le jour ?
  • la méthode d’analyse est le cœur des attentes car elle se doit d’être fiable et rapide. Au-delà des dosages protéiques classiques tels Elisa, Western Blot, ce sont les analyses omiques qui offrent la possibilité de la miniaturisation, de la reproductibilité et de l’instantanéité.
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Ces biomarqueurs véritables signatures biologiques de la peau peuvent être couplées à des prélèvements sur les consommateurs et à des méthodes d’analyses rapides et puissantes. C’est aujourd’hui ce qui en fait de puissants outils d’études personnalisées de la peau en cosmétique et dermocosmétique.

Lors du congrès de l’IFSCC à Cannes, L’Oréal présentait le Cell-Bioprint, lancé aux USA il y a quelques mois, avec une analyse protéomique de 3 à 5 protéines pour spécifiquement pour calculer « l’âge biologique de la peau » de chaque consommateur.

Une révolution à venir

Ce qu’il faut voir dans cette révolution de la quantification des biomarqueurs c’est la variété qu’ils représentent. Toutefois la limite de ces innovations est que les biomarqueurs recueillis sont forcément issus des couches superficielles. En effet les swabbing prélèvent les cellules à la surface de la peau ce qui peut tout à fait convenir à des mesures du microbiote par exemple ou à des indicateurs de l’hydratation, de l’inflammation, de l’oxydation ou de l’état global de la barrière cutanée. Tout ce qui concerne les biomarqueurs de la structure du derme ne pourront être pris en compte.

Les strippings sont eux aussi superficiels même s’ils peuvent atteindre des couches plus profondes de l’épiderme. Les mesures des VOC Volatil Organics compounds, seront-elles une autre voix d’analyse de la biologie de la peau ? Des capteurs sont développés dans des laboratoires de recherche avec des capteurs encore assez volumineux.

Voici les biomarqueurs clés qui peuvent être étudiés à partir des prélèvements du stratum corneum avec la possibilité d’une analyse protéomique (par spectrométrie de masse, LC-MS/MS) : Kératines (K1, K10, K14…), Filaggrine et dérivés (profil NMF), les transglutaminases TG1/TG3, Cytokines IL-1α/IL-1RA/IL-8, protéines oxydées/carbonylées.

En ce qui concerne les méthodes d’analyse, la protéomique est à la protéine ce que la génomique est à l’ADN et ce que la métabolomique est aux métabolites. Dans ces analyses il peut être important de considérer que l’information la plus réaliste est celle qui correspond aux changements finaux à savoir que ce sera si et seulement si il y des métabolites que l’on sera que la/les protéines ont eu une action et que la cascade de réactions démarrée au niveau de l’ADN a été effective.

Peut-être pourrons nous mesurer les lipides (céramides, cholestérol, acides gras, squalène) du stratum corneum par des méthodes rapides de lipidomique ?

Les études avancées sur modèles cutanés ou explants permettent désormais d’évaluer des centaines, voire des milliers de biomarqueurs, grâce à des plateformes telles que la peau reconstruite augmentée (intégrant des capillaires ou des cellules neuronales), la microfluidique ou les dispositifs d’organes sur puce (organ-on-chip). Ces approches offrent un cadre polyvalent pour élucider la biologie cutanée, suivre les réponses individuelles et développer des interventions de dermocosmétique de précision.

Concernant les mesures biophysiques portables et connectées à usage domestique, l’étude panoramique de 2024 (Pascale Barlier, Jean-Jacques Servant et al.) démontre que les paramètres des appareils mobiles actuels convergent vers les métriques des tests en laboratoire. Les futurs dispositifs pourraient intégrer des mesures « médicales » ou des indicateurs issus des tendances sociales et de l’influence numérique.

Toutefois, des défis majeurs subsistent : l’interprétation des algorithmes par l’IA, la conformité RGPD, les biais liés à l’ethnicité, la fiabilité technologique, l’ergonomie et la robustesse du design.

Les deux trajectoires de la Beauty Tech

Deux voies principales se dessinent pour l’avenir :

  • À court terme : Le diagnostic via smartphone intégrant la spectroscopie pour des mesures standardisées.
  • À plus long terme : L’adaptation de technologies médicales émergentes pour un usage à domicile (sondes, patchs ou écouvillons pour analyses omiques).

Le scénario prospectif d’un miroir connecté capable d’évaluer globalement la peau et les cheveux reste une solution complexe à long terme. Dans ce contexte, les sociétés de recherche sous contrat (CRO) seront indispensables pour valider ces outils et apporter une caution scientifique rigoureuse. Sans cette expertise et l’appui d’interfaces d’accompagnement (comme les agents conversationnels), ces dispositifs risquent de rester de simples gadgets. Enfin, les mesures neurosensorielles, telles que l’évaluation émotionnelle par EEG (électroencéphalographie), complètent désormais les biomarqueurs traditionnels pour étudier les changements physiologiques et chimiques de la peau.

Conclusion : Vers une cosmétique prédictive et holistique

La convergence de l’innovation technologique et de l’analyse biologique approfondie redessine les contours de la beauté personnalisée. L’intégration des biomarqueurs et des analyses protéomiques et lipidiques à haut débit transforme une discipline autrefois descriptive en une compréhension mécaniste précise de la biologie cutanée. Qu’ils utilisent la microfluidique, la spectroscopie ou le prélèvement de composés organiques volatils (COV), les outils de diagnostic comblent le fossé entre le laboratoire et le consommateur.

Le secteur se trouve cependant à un point d’inflexion. Si les prélèvements superficiels (tape-stripping, swabbing) fournissent des données riches sur l’inflammation, le stress oxydatif ou le microbiote, la capture non invasive de biomarqueurs structurels du derme reste un défi.

L’avenir de la science de la beauté réside dans l’harmonisation d’analyses haute résolution miniaturisées avec une facilité d’usage pour le consommateur. À terme, la peau ne sera plus seulement une surface à traiter, mais une véritable fenêtre de diagnostic sur la santé globale, positionnant la dermocosmétique à l’avant-garde de la santé de précision et du bien-être personnalisé.


Contact

Anne Charpentier – CEO Skinobs
acharpentier@skinobs.com

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Découvrez cet article en anglais ici : https://flickread.com/edition/html/index.php?pdf=6931b76949e77&dm_i=8EU,93ODP,AMLJVH,123FWX,1#37