① [VUE D’ENSEMBLE] « Cosmetotest 2026 »
Le changement de paradigme en science cosmétique se confirme : de la « fonction et sensorialité » à la « biologie et données »
Le symposium Cosmetotest 2026 s’est tenu les 18 et 19 mars 2026, en format présentiel et à distance, depuis Lyon, France.
Une tendance de fond s’est clairement imposée lors de cet événement : la preuve quantifiée de l’efficacité. L’analyse d’image cutanée par IA, l’omique (omics) et les technologies de mesure de biomarqueurs non invasifs font désormais une entrée rapide dans l’industrie, qui se redéfinit comme un secteur de données fondé sur la science et l’observation.
Les tendances dégagées par Cosmetotest 2026 offrent d’importants enseignements pour la recherche cosmétique nationale. Premièrement, les catégories fonctionnelles dominantes — blanchiment, anti-rides, hydratation — arrivent à leurs limites ; les fondements biologiques cutanés (hormones, stress, microbiome, exosomes) montent en puissance. Deuxièmement, sur les marchés mondiaux, ce n’est plus « ce produit est efficace » qui constitue un avantage concurrentiel, mais « cette efficacité est prouvée scientifiquement ».
Un autre axe de recherche notable est le Skin-Brain Axis (axe peau-cerveau). Les études mesurant les sensations et les émotions ressenties lors de l’utilisation d’un cosmétique, y compris les réponses cérébrales, se multiplient — élargissant la notion d’efficacité bien au-delà des modifications physiques pour y inclure l’expérience émotionnelle et subjective. Cela préfigure la croissance d’un nouveau marché : la neurocosmétique.
② [REVUE] « Hormones · Exosomes · Peau · Cerveau » — Tour d’horizon des dernières tendances de recherche
Par Lee Beom-cheon, PDG de HumanSkin (Ph.D)
Session 1. Les hormones et leur influence sur la peau et le cheveu Clinical Studies Conducted on Cosmetic Products Related to Menopause [Anne Sirvent | Eurofins Dermscan]
Cette session de présentation clinique consacrée aux cosmétiques liés à la ménopause a exposé les changements dermatologiques chez les femmes ménopausées. Le vieillissement de la population, et notamment des femmes, transforme fondamentalement les attentes en matière de soin beauté. En France, une femme sur quatre a 60 ans ou plus, et cette proportion ne cesse de progresser.
Ce phénomène est lié à l’allongement de l’espérance de vie, mais aussi aux changements hormonaux qui affectent directement la peau, les cheveux et l’équilibre émotionnel. La période péri-ménopausique constitue une phase de transition cutanée : la peau devient sèche et sensible, perd élasticité et densité, et des symptômes tels que rougeurs, bouffées de chaleur (parfois accompagnées de sueurs), acné hormonale et alopécie peuvent apparaître.
Ces manifestations visibles reflètent des changements physiologiques, et les mutations hormonales exercent aussi une influence considérable sur l’équilibre psychologique : troubles du sommeil et de la concentration, sautes d’humeur, perte de confiance en soi. Les marques de cosmétiques ont désormais la responsabilité de proposer des solutions sur mesure pour améliorer la santé cutanée et la confiance globale des femmes lors des périodes clés de changements hormonaux.
Les protocoles d’évaluation cosmétique doivent eux aussi évoluer pour répondre à cette nouvelle réalité. En particulier, les panels de participants aux essais cliniques doivent inclure des femmes en période péri-ménopausique présentant des symptômes spécifiques.
Facial Skin Aging Across the Menopausal Timeline : An In Vivo Biometric Study [Maya Naboulsi, Clarins]
Le vieillissement cutané féminin n’est pas un processus linéaire. Au-delà du simple vieillissement chronologique, la ménopause entraîne des modifications biologiques marquées. Une étude a analysé les changements cutanés tout au long de la période ménopausique, en comparant la périménopause et la ménopause précoce. 121 femmes caucasiennes en bonne santé, âgées de 30 à 65 ans, ont été réparties en quatre groupes : pré-ménopause (n=30, 30-40 ans), périménopause (n=30, 45-55 ans), ménopause précoce (≤5 ans post-ménopause, n=30, 45-55 ans) et ménopause tardive (>5 ans post-ménopause, n=31, 60-65 ans).
Les évaluations non invasives du visage comprenaient la sébométrie, la mesure de la perte insensible en eau (TEWL), la teneur en eau stratum corneum, les propriétés mécaniques cutanées et des photographies standardisées du visage. Le vieillissement cutané post-ménopausique s’est révélé nettement accéléré par rapport aux femmes pré-ménopausées.
Aspalathin-Rich Extract : A Peripheral Modulator of the Skin-Brain-Hormonal Axis for Holistic Anti-Aging Skincare in Men [Magalie Cabannes | Greentech]
La société d’ingrédients cosmétiques Greentech a présenté « l’extrait riche en aspalatine (AE) : modulateur périphérique de l’axe peau-cerveau-hormones pour un soin anti-âge global chez l’homme ». La communication bidirectionnelle entre la peau et le cerveau s’impose comme un paradigme scientifique émergent dans l’industrie cosmétique.
La conclusion est que les méthodes scientifiques de pointe et l’expertise spécialisée permettent de mesurer objectivement et précisément l’impact positif des produits sur le bien-être.
« Science based claims in dermocosmetics: understanding the new challenges »
Anne Charpentier, organisatrice de ce symposium et dirigeante de Skinobs — qui exploite un organisme spécialisé dans les plateformes cliniques et précliniques —, a présenté sur le thème « Allégations fondées sur la science pour les produits dermocosmétiques : comprendre les nouveaux défis ». Pour comprendre l’évolution de l’industrie de l’évaluation cosmétique, il faut analyser de près les tendances mondiales qui façonnent l’innovation produit, la conformité réglementaire et la communication scientifique.
L’évolution des essais cosmétiques est portée par les progrès techniques, l’évolution des attentes des consommateurs, les cadres réglementaires et les considérations environnementales. Depuis de nombreuses années, l’essai cosmétique agit comme un élément central du développement produit, depuis la recherche-développement initiale jusqu’à la mise au point des formules, la conformité réglementaire et la validation scientifique des ingrédients actifs et des produits finis. Aujourd’hui, l’industrie de la beauté s’efforce de promouvoir la collaboration entre les marques, la peau et les médecins spécialistes, ainsi que les experts de domaines variés, en se rapprochant toujours plus étroitement de la recherche scientifique.
L’analyse in vitro, les mesures biométriques et la recherche clinique garantissent une validation des produits fondée sur des preuves, renforçant ainsi les allégations relatives à la sécurité et à l’efficacité et accroissant la confiance du consommateur et la crédibilité de la marque. Sur la base des éclairages acquis lors des congrès internationaux, des visites de CRO (organismes de recherche sous contrat) et des débats d’experts, il convient d’identifier les nouvelles tendances et innovations afin de favoriser le développement continu des méthodologies d’essai.
Grâce à cette approche analytique, il est possible de diffuser l’excellence scientifique et de relier la recherche à l’industrie, pour faire progresser une évaluation cosmétique fiable et de pointe.
③ [INTERVIEW] — Anne Charpentier, Organisatrice de Cosmetotest
« Faire de Cosmetotest la plateforme de référence où échangent les scientifiques de l’évaluation cosmétique »
Note de la rédaction — L’industrie cosmétique se réorganise rapidement autour de la « preuve d’efficacité ». Au-delà du simple message émotionnel, ce sont désormais les données fondées sur des bases scientifiques qui déterminent la compétitivité d’un produit. Au centre de ces évolutions, la plateforme mondiale « Cosmetotest », spécialisée dans l’évaluation cosmétique (testing), attire l’attention. Cosmetotest 2026, tenu à Lyon les 18 et 19 mars, a réuni laboratoires d’essai, fabricants d’équipements et experts R&D de marques. The K Beauty Science a interrogé Anne Charpentier, conceptrice de Cosmetotest.
Q. Quels ont été le contexte et l’objectif principal qui vous ont conduite à concevoir Cosmetotest ?
Au printemps 2020, alors que la situation de confinement se prolongeait à cause de la pandémie de COVID-19, l’équipe de Skinobs a vivement ressenti le besoin d’un lieu où les principaux acteurs du domaine des essais et de l’évaluation cosmétiques du monde entier — à commencer par la France — pourraient de nouveau échanger en présentiel.
Nous avons donc voulu favoriser la discussion scientifique sur l’évaluation des matières premières et des produits finis, et créer un lieu d’échange englobant les méthodes d’essai in vitro et in vivo. Cosmetotest a été conçu comme un nouvel événement scientifique et technologique à échelle humaine ; sa particularité est d’aller au-delà des simples communications académiques pour inclure des démonstrations concrètes d’équipements ainsi que des sessions « Short Talk » consacrées aux avancées commerciales et techniques.
Q. Quels sont les points de différenciation par rapport aux événements existants ou similaires ?
Le Cosmetotest Symposium exige des bases scientifiques pour l’ensemble des allégations des produits. Le PIF (Product Information File) comprend les résultats des évaluations de toxicité, de sécurité et d’efficacité ; et, à l’exception du SPF, aucune méthode d’essai spécifique n’est imposée.
Autrement dit, les entreprises peuvent choisir librement entre méthodes traditionnelles et méthodes innovantes. Elles doivent toutefois satisfaire aux 6 critères suivants : conformité légale, véracité, fondement probant, honnêteté, équité, information du consommateur. Cette structure offre un environnement qui protège le consommateur tout en favorisant l’innovation technologique.
Q. Quels sont les principaux défis auxquels font face les entreprises mondiales ?
Les entreprises mondiales doivent satisfaire à la fois les réglementations divergentes de chaque pays — États-Unis, Corée, Japon, Europe, Chine, etc. En général, une entreprise vérifie l’efficacité au stade de la R&D, puis arrête le message final par l’intermédiaire du service réglementaire et du service de communication scientifique. En Europe, en Corée et au Japon en particulier, l’évaluation de l’efficacité des produits demeure un domaine d’investissement central.
Q. Comment voyez-vous les possibilités de coopération entre l’Europe et l’Asie ?
Des échanges actifs de technologies et de matières premières ont lieu de longue date entre les deux régions. Récemment, conformément aux stratégies de marché mondiales, les tests locaux fondés sur les consommateurs cibles gagnent en importance. Par exemple : produit anti-acné indien → test sur panel local indien / produit anti-âge coréen (lancé en France) → test sur panel européen, etc. De plus, dans le domaine des équipements de mesure, il existe un flux de transfert de technologie de l’Europe (France, Allemagne) vers l’Asie. Dans ce contexte, Cosmetotest est une plateforme importante qui relie les experts mondiaux de l’évaluation.
Q. Quelles sont les opportunités de coopération avec la K-Beauty ?
La Corée est le pays disposant du plus haut niveau d’infrastructure d’essai en Asie. Par ailleurs, le niveau technique des laboratoires d’essai coréens est très élevé, comparable à celui de l’Europe. En parallèle, l’innovation en matière d’équipements en Europe (Newtone, DAM-AE, Eotech) et en Asie (Beyoung, etc.) constitue un moteur clé de la coopération entre les deux régions.
Q. Quelle influence ce symposium aura-t-il sur les stratégies R&D et marketing des entreprises ?
Lors de cet événement, les informations scientifiques les plus récentes du domaine de l’évaluation ont été fournies à travers 20 conférences réparties sur 4 grands thèmes, 20 Short Talks et plus de 30 entreprises exposantes. Avec la participation d’experts de pays et de métiers variés, l’événement a offert aux participants une source d’inspiration pour le développement de nouveaux protocoles et l’adoption de méthodes d’évaluation innovantes.
Q. Quels mots-clés essentiels les entreprises de beauté devraient-elles retenir ?
Si l’on devait les retenir sous forme de mots-clés, les voici : inclusivité (inclusivity), biomarqueurs, tests en conditions réelles (real-life testing), modèles in vitro avancés (neurones, mélanocytes, adipocytes, etc.), microfluidique, IA, diagnostic à domicile, omics, axe peau-cerveau, évaluation neurosensorielle, microbiome, personnalisation, longévité, peau post-ménopausique.
Q. Dans quelle direction comptez-vous faire évoluer Cosmetotest à l’avenir ?
Cosmetotest a pour objectif de s’imposer comme la plateforme de référence où échangent les scientifiques du domaine de l’évaluation cosmétique. Nous prévoyons également de maintenir un environnement d’exposition ouvert, où peuvent participer aussi bien les start-up que les grandes entreprises mondiales. À l’avenir, l’organisation d’une édition en Asie est aussi à l’étude comme option stratégique importante. Enfin, tout en conservant une expérience centrée sur le présentiel, nous continuerons d’élargir les possibilités de participation en distanciel.




