Organisées à Paris le 4 juin, les Rencontres SFC « Maquill’ÂgeS » ont réuni historiens, marques, fournisseurs d’ingrédients, réglementaires et évaluateurs sur quatre axes : histoire et tendances, formulation, réglementation, tests. Le titre unit couleur et anti‑âge, s’adresse à toutes les générations et invite à dépasser sur‑promesses et injonctions pour une beauté inclusive.

L’historienne Laure Nicaise a ouvert la journée avec les boîtes à khol égyptiennes, retrouvées parmi les offrandes funéraires. Fards vert et noir mêlaient esthétique, visée antibactérienne et rituel : le khol reconstituait symboliquement l’œil d’Horus. Papyrus et iconographie retracent l’évolution du tracé. Hélène de Clermont‑Gallerande (Chanel) a montré qu’avec l’âge, les contrastes du visage s’atténuent dans toutes les ethnies : teint plus terne, cernes accentués, taches pigmentaires. Restaurer ces contrastes, en ciblant bouche et yeux, rajeunit le visage, accroît la féminité perçue et renforce la confiance en soi. Pour Philippe Msika (Makilab Innovation), le maquillage est à la fois geste intime et signal social et émotionnel. Le cerveau forme une impression en 250 millisecondes : l’interface entre maquillage et peau devient neuropsychologique, avec des effets mesurables sur le stress et l’estime de soi.

Mara Imberti (Skinlys) a dégagé trois tendances : multifonctionnalité et skinification, maquillage haptique aux textures activées par le toucher, et nostalgie rassurante. Côté produits dominent teints « super naturels », lèvres brillantes multicouches, yeux au centre et protection solaire intégrée. Aurélie Banco (Grolman) a interrogé l’après carmin, talc, mica et dioxyde de titane. Élodie Carpentier (Le Rouge Français) a présenté des couleurs issues de plantes tinctoriales, face à un maquillage encore pétrochimique à 99 %. Sandrine Zeppa (Susonity) a dévoilé le Color Forecast RE/GENERATION 2028. La session formulation a confirmé deux exigences : sensorialité et naturalité, sans renoncer à la performance. Yves Rocher a croisé analyses sensorielles, émotionnelles et instrumentales sur les rouges à lèvres, Anjac une émulsion solide à chaud pour peaux matures, et Gattefossé un sérum de teint hybride entre soin et maquillage.

Substitution des matières premières : Imerys propose un mica européen extrait de granite, Sensient un bleu de gardénia devenu pigment naturel stable, Evonik des émulsionnants polyglycéryl naturels face aux siliconés. Luisa Oliva (LO) rappelle que l’interaction entre lumière et formule façonne l’émotion du consommateur. Côté réglementation, Camille Bassier (Inside Cosmetics) a signalé les ingrédients sous surveillance : silice, talc, dioxyde de titane, pigments perlescents. Elle préconise la préévaluation des formules, le tri des allégations et des résultats rigoureux, visuels avant et après comparables. Vigilance sur les influenceurs, allégations environnementales encadrées par la loi AGEC et la sécurité des formules pour jeunes publics.

1. La dimension soin est devenue indissociable du make-up.

2. L’expérience sensorielle est au cœur de la perception des performances

3. Sensorialité des textures et naturalité des formules sont deux exigences confirmées.

4. Les méthodes d’objectivation permettent de confirmer la réalité de l’efficacité.

Créativité, durabilité, substitution des matières premières, inclusivité, IA et data science, sécurité et conformité : tels sont les mots clés qui nourriront l’innovation de demain. Comme l’écrivait Vassily Kandinsky, « la couleur est un pouvoir qui influence directement l’âme ».