Test SPF : comment évaluer l’indice de protection solaire d’un produit cosmétique ?

Le SPF d’un produit cosmétique se détermine aujourd’hui principalement in vivo, selon la norme ISO 24444:2019, en comparant la dose d’UV qui provoque un érythème sur une peau protégée et sur une peau non protégée. Depuis fin 2024, deux méthodes alternatives normalisées, ISO 23675 (in vitro, dite « double plaque ») et ISO 23698 (hybride, dite HDRS), permettent d’obtenir une valeur sans induire de coup de soleil. Le bon choix dépend du stade du projet, de la galénique et des marchés visés.

Que mesure exactement le SPF ?

Le SPF (Sun Protection Factor) mesure la protection d’un produit contre l’érythème actinique, provoqué essentiellement par les UVB. Il correspond au rapport entre la dose érythémale minimale (DEM) sur peau protégée et la DEM sur peau non protégée. Un SPF 30 signifie que, dans les conditions du test, il faut une dose d’UV trente fois plus élevée pour obtenir le même érythème.

Deux points conditionnent la lecture de ce chiffre. Le SPF ne dit rien de la protection UVA, qui relève d’une mesure distincte (facteur de protection UVA, longueur d’onde critique). Et la valeur dépend fortement de la quantité appliquée : les tests normalisés utilisent 2 mg/cm², une dose que les consommateurs atteignent rarement. Le SPF est donc une valeur de référence, conçue pour comparer les produits entre eux.

Comment se déroule un test SPF in vivo selon ISO 24444 ?

Le test ISO 24444:2019 reste la méthode de référence acceptée par la grande majorité des autorités. Il consiste à induire un érythème contrôlé sur le dos de volontaires, sous simulateur solaire, sur des zones protégées par le produit et sur des zones témoins.

Les étapes du protocole

  • Recrutement du panel : volontaires à peau claire (ITA° supérieur à 28°, soit les phototypes I à III), avec au moins dix résultats valides exigés.
  • Application : le produit est déposé à 2,0 mg/cm² sur des sites délimités, puis laissé sécher 15 à 30 minutes.
  • Irradiation : une série de doses UV croissantes est délivrée par un simulateur solaire à arc xénon dont le spectre est encadré par la norme.
  • Lecture : l’érythème est évalué visuellement par un technicien formé, 16 à 24 heures après l’exposition.
  • Calcul : le SPF individuel est calculé pour chaque sujet, puis la moyenne. L’intervalle de confiance à 95 % doit rester dans une marge de 17 % autour de cette moyenne.

Une formule de référence de SPF connu (standards P2, P3, P5 ou P8 selon le niveau attendu) est testée en parallèle pour valider chaque série.

Les limites connues de la méthode

Cette méthode présente des faiblesses bien documentées. La lecture visuelle de l’érythème introduit une part de subjectivité, et l’homogénéité de l’application varie d’un opérateur à l’autre. Des écarts significatifs ont été observés entre laboratoires sur un même produit, au point d’alimenter plusieurs controverses publiques sur la fiabilité des revendications SPF. S’y ajoutent une question éthique, puisque l’on provoque un coup de soleil chez des volontaires, un panel restreint aux peaux claires, des délais et un coût élevés.

Quelles alternatives à l’in vivo existent pour mesurer le SPF ?

Deux normes publiées en décembre 2024 offrent désormais des alternatives validées à ISO 24444. Elles sont issues des travaux du consortium ALT-SPF, validés par des études interlaboratoires.

ISO 23675 : la méthode in vitro « double plaque »

Cette méthode est entièrement in vitro : aucun volontaire n’intervient. Le produit est étalé de façon standardisée, idéalement par un robot, sur deux types de substrats en PMMA de rugosités différentes, puis la transmission UV est mesurée par spectrophotométrie pour prédire le SPF. Elle s’applique aux émulsions et aux formules monophasiques alcooliques, mais exclut les poudres et les sticks. Elle ne permet pas non plus d’évaluer la résistance à l’eau.

ISO 23698 : la méthode hybride HDRS

La spectroscopie de réflectance diffuse hybride (HDRS) combine des mesures optiques réalisées directement sur la peau de volontaires et des données spectrales in vitro. Les doses UV utilisées sont faibles et n’induisent pas d’érythème visible. Son intérêt : intégrer le comportement réel du film sur la peau (topographie, répartition des filtres). Elle demande en revanche un équipement spécifique, encore peu répandu.

En juin 2025, Cosmetics Europe a publié sa recommandation n° 26, qui invite à privilégier ces deux méthodes non invasives. Elle précise que les produits déjà testés in vivo n’ont pas à être retestés.

Tableau comparatif des méthodes de test SPF

MéthodePrincipeVolontairesPoints fortsLimitesUsage typique
ISO 24444:2019 (in vivo)Rapport des DEM sur peau protégée et non protégéeOui, au moins 10 résultats valides, érythème induitRéférence réglementaire mondialeVariabilité inter-laboratoires, éthique, coût, délaisRevendication finale, marchés exigeant l’in vivo
ISO 23675:2024 (in vitro double plaque)Transmission UV à travers deux substrats PMMANonReproductibilité, rapidité, coût, indépendance du phototypePas de poudres ni de sticks, pas de résistance à l’eauDéveloppement, dossiers techniques, revendication selon les marchés
ISO 23698:2024 (HDRS hybride)Réflectance diffuse sur peau et spectres in vitroOui, sans érythèmeDonnées sur peau réelle, invasivité réduiteÉquipement spécifique, offre encore limitéeValidation avancée, alternative à l’in vivo
Criblage in vitro (plaques PMMA, non normalisé pour le SPF)Transmission UV sur un seul substratNonTrès rapide, peu coûteuxCorrélation insuffisante pour revendiquerSélection de formules en amont

Tous les laboratoires ne pratiquent pas encore les trois méthodes normalisées, et l’offre HDRS reste concentrée sur quelques acteurs. Pour identifier les prestataires qui réalisent des tests SPF in vivo, in vitro ou hybrides et comparer leurs expertises, vous pouvez rechercher un laboratoire sur Skinobs.

Quelles exigences réglementaires encadrent la revendication SPF ?

La revendication d’un SPF doit être étayée par une méthode reconnue sur chaque marché visé. Les exigences varient sensiblement d’une zone à l’autre.

  • Union européenne : le règlement (CE) n° 1223/2009 et la recommandation 2006/647/CE fixent un SPF minimal de 6 et quatre catégories d’affichage (faible, moyenne, haute, très haute, cette dernière correspondant à « 50+ »). La protection UVA doit atteindre au moins un tiers du SPF, avec une longueur d’onde critique d’au moins 370 nm. Cette recommandation est en cours de révision. Les critères communs du règlement (UE) n° 655/2013 s’appliquent aussi à toute revendication.
  • États-Unis : le SPF relève de la réglementation OTC de la FDA, qui impose une méthode in vivo et encadre l’étiquetage, dont la mention « broad spectrum ».
  • Australie : la norme AS/NZS 4399:2020, alignée sur ISO 24444, s’applique sous le contrôle de la TGA.
  • Asie : le Japon et la Corée s’appuient sur ISO 24444 pour le SPF et sur un classement PA pour les UVA.

Ces différences feront l’objet d’un article dédié de cette série, consacré aux exigences du large spectre selon les zones.

Comment choisir sa stratégie de test SPF ?

La plupart des fabricants adoptent aujourd’hui une approche par étapes plutôt qu’une méthode unique. Le criblage in vitro sert à sélectionner les formules, la méthode ISO 23675 accompagne le développement, la HDRS apporte une validation sur peau, et le test in vivo reste mobilisé quand le marché l’exige pour la revendication finale.

Plusieurs critères orientent le choix :

  • la galénique (un stick ou une poudre sort du champ d’ISO 23675) ;
  • les marchés de commercialisation et l’acceptation de chaque méthode par les autorités locales ;
  • les autres revendications prévues, comme la résistance à l’eau, qui suppose un protocole in vivo spécifique ;
  • le calendrier et le budget du projet.

Avant de consulter un laboratoire, il est utile de préciser le SPF visé, les marchés, la norme attendue, le nombre de sujets et le format du rapport. Ce cahier des charges facilite la comparaison des devis et limite les retests.

FAQ

Un SPF mesuré in vitro peut-il figurer sur l’étiquette en Europe ?

La recommandation européenne de 2006 accepte les méthodes validées et normalisées, et Cosmetics Europe invite désormais à privilégier ISO 23675 et ISO 23698. Dans la pratique, beaucoup de marques conservent un test in vivo pour la revendication finale, surtout lorsqu’elles visent aussi des marchés hors UE.

Combien de volontaires faut-il pour un test SPF ISO 24444 ?

La norme exige au moins dix résultats valides. Le nombre de sujets recrutés est souvent plus élevé pour compenser les exclusions et respecter le critère statistique sur l’intervalle de confiance.

Pourquoi deux laboratoires peuvent-ils obtenir des SPF différents ?

La lecture visuelle de l’érythème, la qualité de l’étalement, le spectre du simulateur solaire et la composition du panel influencent le résultat. Les méthodes ISO 23675 et HDRS ont précisément été développées pour réduire cette variabilité.

Le SPF renseigne-t-il sur la protection contre les UVA ?

Non. Le SPF reflète surtout la protection contre les UVB. La protection UVA se mesure séparément, le plus souvent in vitro selon ISO 24443. Ce sera le sujet du prochain article de cette série.

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La rédaction